Jérôme Gatier : « Un particulier a tout intérêt à « embarquer la performance énergétique » dans son projet de rénovation »

Jérome Gatier est Directeur du Plan Bâtiment Durable, plateforme collaborative instaurant un dialogue permanent entre le Ministère de l’Ecologie et les professionnels du bâtiment pour remplir les objectifs du gouvernement de réhabiliter plus de 500 000 logements par an et de concevoir le bâtiment de demain. Il partage avec nous les réflexions actuelles du Plan Bâtiment et comment il s’insère dans le Débat National sur la Transition Energétique.

Jérôme Gatier, directeur du Plan Bâtiment Durable

Qu’est ce que le Plan Bâtiment Durable ?

plan bâtiment durableLe Plan Bâtiment Durable est une mission des pouvoirs publics présidée par Philippe Pelletier, avocat et ancien Président de l’ANAH, créée en 2009 dans le cadre du Grenelle de l’Environnement. L’objectif est de fédérer les professionnels du bâtiment autour de l’efficacité énergétique et d’aider le gouvernement à l’élaboration de la politique ambitieuse de rénovation des bâtiments existants. On se concentre sur tous les segments du bâtiment : le logement social et privé et les bâtiments tertiaires  publics et privés, et sur un grand nombre de sujets transversaux comme l’innovation, la formation, les signes de qualité etc. Le Plan Bâtiment mobilise ainsi plus de 1000 professionnels au plan national et plus de 5000 dans les régions à travers notamment les clusters de l’eco-construction.

Concrètement, nous véhiculons l’information au cours de nos réunions mensuelles aux acteurs du bâtiment qui bénéficient d’une plate-forme de contact pour trouver des synergies. En retour, nous transmettons aux pouvoirs publics les retours d’expérience et nombre de propositions émises par les professionnels.

Comment s’insère-t-il dans le Débat National sur la Transition Energétique ?

Le Débat National sur la Transition Energétique lancé par le Ministre de l’Ecologie, à l’occasion de la Conférence environnementale de septembre 2012 a réaffirmé la place du bâtiment comme secteur prioritaire de la politique environnementale, étant responsable de plus de 40% de la dépense énergétique.

Beaucoup de professionnels du Plan Bâtiment Durable ont participé dans les débats en tant que membre du Conseil national ou dans les instances régionales. Philippe Pelletier a été membre du Collège des experts. Nous ne  manquons pas de porte-parole.

Qu’est-ce que vous répondez aux détracteurs de la RT2012 qui jugent qu’elle entraîne un surcoût sur la construction ?

Il peut y avoir en effet un surcoût transitoire mais le but de la RT2012 est non seulement d’avoir un bâti à haute performance énergétique source d’économies d’énergie mais aussi de promouvoir de nouvelles méthodes qui vont compenser ce surcoût initial.

Les pouvoirs publics ont pris des dispositions pour assurer le respect de cette réglementation avec des engagements écrits des professionnels et avec une obligation de résultat comme le test d’étanchéité à l’air.

L’évolution a été bien anticipée par les promoteurs de logement collectif, secteur plus structuré et un peu moins dans la maison individuelle, secteur avec de plus petits acteurs. Il y a toujours un temps d’adaptation, c’est normal, mais il faut comprendre que la RT2012 est à terme source de nouvelles économies.

A quoi devrait ressembler la RT 2020 ?

La RT 2020 devrait mettre en œuvre ce dont on parle déjà beaucoup : le Bâtiment à Energie Positive (BEPOS), c’est-à-dire qui produit plus d’énergie qu’il n’en consomme et qui intègre de nouvelles sources locales d’énergies renouvelables. L’Union Européenne souhaite en effet généraliser le BEPOS d’ici 2020 et ce n’est pas utopique. Le Plan Bâtiment Durable a d’ailleurs lancé une initiative de réflexion prospective sur le bâtiment neuf en 2020, 2030 et 2050 sous l’appellation de « Réflexion Bâtiment Responsable 2020-2050 » (RBR 2020-2050). C’est un travail qui a vocation à donner des pistes de réflexion mais qui en aucun cas ne se substitue au travail d’écriture de la règle par l’administration.

La RBR 2020 s’inspire en toile de fond du concept de la « troisième révolution industrielle » imaginé par Jeremy Rifkin dans le livre du même nom. C’est l’idée d’une société en réseau où les consommateurs deviennent acteurs de leur consommation énergétique. On s’est également inspiré de « la Société à 2000 Watts », projet lancé par l’Ecole Polytechnique de Zurich de diviser par trois la dépense énergétique d’un ménage occidental et qui préconise un calcul de la dépense énergétique par individu et non plus par m².

En outre, nous voulons aller plus loin que l’aspect technique de la thermique du bâtiment en inscrivant le bâtiment responsable dans un territoire et dans la pratique quotidienne des habitants. Il faut impliquer l’homme, sa santé et son confort dans la transition énergétique.

On devrait également s’inspirer de l’économie de la fonctionnalité en prenant en considération la durabilité et le cycle de vie des matériaux, autrement dit, augmenter la part des énergies renouvelables et intégrer l’empreinte écologique du bâtiment dans la réglementation.

Dans l’immédiat, il faut rendre possible les expérimentations à l’échelle du quartier pour voir comment ces propositions peuvent s’articuler entre elles et impliquer les citoyens.

Où en est-on de l’obligation de travaux dans le secteur résidentiel ?

C’est un sujet très actuel qui a fait l’objet de discussions au cours du DNTE. C’est pourquoi Philippe Pelletier a proposé à Raphaël Claustre (Directeur du CLER) et Jacques Chanut (vice-président de la FFB) d’animer un groupe de travail sur la question qui a mobilisé plus de 1200 pages de contribution.

On est encore dans une phase de clarification et d’analyse. Une telle obligation  pourrait s’instaurer de manière partielle et progressive mais il n’y a pas de consensus. Avant de prendre une décision, nous devons faire des études préliminaires pour voir comment cela impactera le marché et le budget des ménages.

Quels sont les projets à court-terme du Plan Bâtiment Durable ?

Nous pensons qu’il reste un gros travail de pédagogie à fournir pour sensibiliser la population à la performance énergétique dans l’habitat. Il faut absolument changer notre manière d’approcher les choses en communiquant sans infantiliser. C’est pourquoi nous travaillons sur une stratégie de communication et sur la mise en place de guichets uniques de la rénovation énergétique.

Par ailleurs, un groupe de travail conduit par Michel Huet (avocat) et Michel Jouvent (Apogée) a émis différentes propositions sur la relation entre responsabilité décennale et garantie de performance énergétique. Les enjeux sont extrêmement importants. Sur le champ de la garantie de performance dite intrinsèque, les acteurs de l’ingénierie, de la maîtrise d’œuvre et quelques acteurs de la filière se sont déjà engagés sur une méthodologie commune. C’est un sujet appelé à se développer dans l’avenir car il est essentiel de sécuriser l’investissement des maîtres d’ouvrage.

Nous allons également accompagner la mise en œuvre de l’eco-conditionnalité qui permettra aux particuliers de bénéficier de l’eco-prêt à taux zéro et du crédit d’impôts développement durable à la condition qu’il sollicite une entreprise « Reconnue Grenelle Environnement (RGE) » pour son projet de rénovation. Nous travaillons toujours dans le cadre de nos groupes de travail sur le développement de la formation et la modélisation des projets par la maquette numérique à destination des propriétaires et des entreprises.

Nous sommes par ailleurs très attentifs aux retours d’expérience de la RT2012 toute naissante. Les bureaux d’étude thermique sont vivement invités à nous faire part de leurs retours de terrain.

Quel conseil donneriez-vous à un ami qui veut construire ou rénover sa maison ?

Je lui dirais qu’il à tout intérêt à faire tout de suite ce qui est faisable et à « embarquer la performance énergétique » dans son projet de rénovation. Il améliorera son confort et la valeur de son patrimoine, cette dernière étant de plus en plus liée à la performance énergétique.

Cela lui permettra en outre de maîtriser sa facture énergétique car le surcoût de rénovation est compensé par les économies d’énergie qui en résultent. Pour cela, choisir en priorité une entreprise « Reconnue Grenelle Environnement » !

On peut choisir un bouquet de prestation complet pour optimiser dès aujourd’hui ou procéder par étapes successives mais attention à aller dans le bon ordre en s’inscrivant dans un projet global. Autant commencer par l’enveloppe pour limiter ses besoins de chauffage et après s’attaquer aux équipements et enfin saisir l’opportunité d’installer des énergies renouvelables.

Je lui dirais pour finir qu’il existe tout un panel d’aides variées à sa disposition et qu’il peut demander conseil aux guichets uniques bientôt ouverts ou pour l’instant à son conseiller Info-Energie. Il pourra éventuellement bénéficier d’un crédit d’impôt développement durable (CIDD) ou d’un eco-prêt à taux zéro qui soutiennent une partie du coût de la rénovation. Les certificats d’économies d’énergie peuvent également participer au financement du projet.

Propos recueillis par Valentin Martinez

Si vous êtes intéressés par collaborer avec le Plan Bâtiment Durable, n’hésitez pas à participer à leur colloque « Comment dynamiser la rénovation énergétique de l’habitat » organisé le 12 septembre 2013 conjointement avec le Club de l’Amélioration de l’Habitat !