Qu’est-ce que l’ « effacement » des consommations électriques ? Bienfaits et limites d’un dispositif controversé

A l’heure de la transition énergétique et de l’augmentation de la facture d’électricité, les vertus économiques et écologiques de l’effacement électrique font de plus en plus consensus. Déjà connu des industriels, les nouvelles législations encore en élaboration devraient populariser cet outil auprès du grand public. Pour le plus grand bonheur des fournisseurs d’énergie, des opérateurs d’effacement ou des consommateurs ?

L'effacement electrique

Pourquoi l’effacement électrique ?

L’effacement électrique repose sur un principe très simple : en cas d’augmentation imprévue des besoins en électricité, le gestionnaire du réseau électrique (RTE en France) peut réduire la consommation de certains sites industriels ou de logements volontaires grâce à un pilotage externe de leur « compteur électrique communiquant » plutôt que d’augmenter l’offre de production.

C’est ainsi, dans le cas d’une augmentation soudaine des besoins énergétiques, un substitut optimal à l’installation de nouveaux moyens de production et une réponse à la difficulté de stocker l’électricité. En effet, l’électricité ne se stocke pas, ce qui signifie qu’en cas de surconsommation inhabituelle, les fournisseurs sont obligés d’augmenter l’offre en temps réel afin d’éviter le fameux black-out électrique, que connaissent régulièrement la Bretagne et la Région PACA, et qui pourrait devenir un problème plus récurrent en Europe selon les gestionnaires de réseau électriques européens.

Pic de consommationLa crainte du black-out n’est cependant que le revers médiatique d’enjeux plus larges. Un pic de consommation nécessite en effet de produire l’électricité supplémentaire par les centrales d’appoint à la disposition des fournisseurs, le nucléaire et l’hydraulique, principale source de l’électricité en France ne produisant pas en quantité suffisante ou n’étant pas adaptées aux fluctuations de consommation. Or, les kilowattheures produits par les centrales d’appoint sont aussi les plus chères et les plus énergivores : premièrement, sont enclenchées les centrales à charbon et à gaz, puis viennent les centrales à fioul au kWh très calorique en hydrocarbures et donc en émission de gaz à effet de serre. Double sentence pour l’environnement et pour le consommateur qui verra sa facture augmenter a posteriori contre le double avantage de l’effacement qui agit tant sur la sobriété énergétique en réduisant la consommation que sur l’efficacité énergétique en évitant la consommation d’énergies carbonées.

Un autre avantage de l’effacement est qu’il permettra de piloter les futures intermittences liées la montée en puissance des énergies renouvelables dans le mix énergétique français (objectifs de 23% d’ici 2020). Raison de plus, c’est justement en période de pointe hivernale, plus promptes aux pics de consommation, que les énergies solaires et éoliennes ont le plus mauvais rendement.

Des industriels aux consommateurs

Malgré ses avantages, l’effacement électrique reste aujourd’hui encore peu connu du grand public car il s’est initialement ouvert aux seuls sites industriels dont le gisement d’effacement à court-terme est beaucoup plus important. C’est d’autant plus facile pour RTE car les gros sites sont directement connectés au réseau de transport alors que les logements sont couramment connectés au réseau de distribution (géré par ErDF).

Or, les 2GWH d’électricité consommée en période de pointe qui s’ajoutent chaque année ont poussé le législateur à ouvrir l’effacement aux particuliers dans le cadre de la loi « Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité » (« NOME ») de 2010 qui assigne à RTE d’assurer l’équilibre en temps réel de la production et de créer un marché de capacité d’effacement diffus aux consommations résidentielles. A ce jour, seule la société Voltalis a été certifiée comme acteur d’ajustement diffus. Le dispositif est simple : l’opérateur (Voltalis) installe au domicile du ménage un boîtier annexe au compteur gratuitement qui se connecte exclusivement au chauffage électrique et au système d’eau chaude et sanitaire (ECS) du logement. Voltalis peut dès lors couper le chauffage et le système d’ECS à tout moment grâce au pilotage externe du nouveau boitier. Le ménage fait des économies d’énergie, le fournisseur (EDF) évite d’enclencher les centrales d’appoint et RTE rémunère d’une prime l’opérateur pour l’électricité effacée. Tout le monde devrait en théorie y trouver son compte.

Ce développement de l’effacement électrique n’est d’ailleurs sûrement pas étranger à l’avis de l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) publié le 8 octobre 2012 qui, en s’appuyant sur l’étude qu’elle a menée conjointement avec le CSTB et la société Voltalis, soutient que l’effacement de 20 minutes par heure de consommation du chauffage électrique en période hivernale peut réduire jusqu’à 13.2% de la consommation électrique d’un ménage ! Le chauffage représentant en moyenne de 68% de la consommation d’énergie, les gains rapportés à la consommation journalière totale s’élèvent à entre 6.8 et 8.3% d’économies d’énergie.

Ces résultats sont en réalité discutables : les sociétés coupent le chauffage beaucoup plus rarement que 20 minutes par heure pour ne pas altérer le confort du ménage. Certains énergéticiens pointent également le problème de l’ « effet report » : le ménage a tendance à pousser à la hausse son chauffage pour récupérer la chaleur perdue liée à la coupure du courant. Voltalis soutient que cet effet report est plus faible que les gains d’économies d’énergie. Par ailleurs, les mises en route et en veille répétées d’un système électrique peuvent-elles engendrer des surconsommations et altérer la durabilité des équipements effacés ? Il semblerait que la relative fréquence de l’effacement n’altère pas les systèmes et Voltalis assure n’effacer que des équipements pour lesquels il n’y a aucun risque de dégradation. Le manque de retour d’expérience et d’études d’impact précises font encore défaut pour répondre clairement à ces interrogations.

Un dispositif en construction législative et réglementaire

La généralisation du compteur communicant Linky pourrait également changer la donne et encourager indirectement le principe de l’effacement. Annoncé par le Premier Ministre le 10 juillet dernier, le boîtier qui devait initialement servir la seule modernisation du réseau s’est vu assigner une fonction de comptage et d’information en temps réel à destination du consommateur grâce à un affichage déporté. De quoi mieux se rendre compte de ses gaspillages pendants ses absences ou dans certaines pièces de la maison chauffées inutilement et de quoi encourager une consommation électrique plus vertueuse.

François Brottes, Président de la Commission des Affaires Economiques à l'Assemblée Nationale et le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault

Les parlementaires se sont aussi emparé du sujet et font avancer le dispositif. La loi Brottes récemment adoptée le 14 avril 2013 a avancé de nouvelles orientations sur le mode opérationnel et le mode de rémunération de l’effacement des fournisseurs, opérateurs et consommateurs. Les décrets d’application ne sont pas sortis et il faudra encore attendre la consultation du Conseil Supérieur de l’Energie. La loi prévoit ainsi que RTE rémunère toujours l’opérateur pour lui avoir évité un pic de consommation mais deux nouveautés :  L’opérateur versera une prime au fournisseur pour compenser l’énergie non consommée qu’il a injecté sur le réseau et le consommateur versera également une nouvelle prime à l’opérateur par le biais de la « Contribution au Service Public de l’Electricité ». Ce qui ne plaît pas à tout le monde : « Je crains que le consommateur se voie reprendre d’une main, via la CSPE, les bénéfices réalisés en faisant l’effort d’effacer ses consommations » s’insurge Françoise Thiébault, représentante des consommateurs au Conseil Supérieur de l’Energie qui compte bien avoir son mot à dire lors de la consultation du conseil sur les décrets d’application de la loi Brottes fin 2013. Ce à quoi répond François Brottes : « C’est tout à fait normal de rémunérer les opérateurs d’effacement pour les externalités positives qu’ils produisent pour l’environnement. Il existe bien des tarifs de rachat pour les énergies renouvelables, or, selon moi, l’énergie la plus renouvelable est celle que l’on ne consomme pas ».

Malgré les controverses, les vertus de l’effacement semblent accréditées par tous sur le principe. Plus qu’une option, cet outil deviendra, selon ses pourfendeurs, de plus en plus indispensable pour lisser l’augmentation de la demande énergétique, gérer les intermittences des énergies renouvelables et rendre optimal la création d’un réseau fluide et décentralisé en France. Beaucoup de questions restent cependant en suspens sur les modes opérationnels d’un dispositif encore trop technique et peu audible et si les gains d’économie d’énergie attendus seront bel et bien au rendez-vous. Le cadre législatif embryonnaire et l’absence de retours d’expérience fiables ne nous permettent pas à l’heure qu’il est d’en tirer des conclusions probantes.

Valentin Martinez

C’est pourquoi, face aux incertitudes, il est utile de faire appel à un bureau d’étude thermique expérimenté et réactif. Il saura vous conseiller avec transparence sur les meilleures solutions techniques pour améliorer la performance énergétique de votre logement en fonction de votre budget et de vos sensibilités personnelles.

Françoise Thiébault : « Ca ne sert pas le consommateur de lui faire croire que l’on peut rester sur des tarifs réglementés qui n’augmenteront pas »

Françoise ThiébaultFrançoise Thiébault est Secrétaire générale des Associations Familiales Laïques de Paris et membre du Conseil Supérieur de l’Energie. Elle soutient avec conviction que faire croire au consommateur que l’on peut encore bloquer l’évolution du prix de l’énergie n’est plus possible et déplore la mauvaise communication des pouvoirs publics et des professionnels sur les enjeux de l’efficacité énergétique. Démonstration.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le Conseil National des Associations Familiales Laïques et le Conseil Supérieur de l’Energie ?

Le Conseil National des Associations Familiales Laïques est un mouvement laïc qui en tant que mouvement familial se préoccupe de la vie quotidienne des familles. Nous sommes une association de consommateurs agréée qui accompagne les familles en difficulté, notamment avec leurs consommations liées à l’habitat et à l’énergie.

Je suis également l’une des deux représentants des consommateurs au Conseil Supérieur de l’Energie (CSE). Le CSE est une instance consultative qui réunit les acteurs de l’énergie – fournisseurs, industriels, ONG, élus, consommateurs… – et qui doit émettre des avis et recommandations au Ministère en charge de l’énergie sur tous les décrets et arrêtés liés à ce secteur avant leur publication. J’exprime les positionnements du consommateur, encore insuffisamment pris en considération…

Les consommateurs sont-ils assez informés sur les enjeux et dispositifs d’aide à la performance énergétique ?

Associations Familiales LaïquesIl y a un manque de communication alarmant sur tout ce qui touche aux travaux d’efficacité énergétique. Les familles n’ont aucune vision globale des dispositifs car les pouvoirs publics et les professionnels ne communiquent pas là-dessus. La plupart des familles par exemple n’ont pas la moindre idée de ce qu’est un « certificat d’économie d’énergie ». Un de mes collègues a bénéficié d’un chèque de 500 euros pour l’achat de sa nouvelle chaudière grâce à un CEE mais il a dû chercher pendant des heures sur internet alors qu’il est un initié de la performance énergétique ! C’est aberrant !

Les choses sont néanmoins en train de bouger dans les secteurs réglementés comme le logement social, le bâtiment tertiaire ou les immeubles collectifs mais ça n’avance pas assez vite dans l’habitat isolé et les copropriétés, premières victimes de la précarité énergétique. Il y a encore des copropriétés pour qui lancer des travaux de performance énergétique est inimaginable ! Il faut absolument communiquer sur les opportunités réelles de valorisation du patrimoine et de baisse de la facture énergétique.

Justement, quel jugement portez-vous sur l’augmentation des prix de l’énergie annoncée par EDF de 5% consécutifs en 2014 et 2015 ? Les chiffres fournis par EDF sont-ils fiables ?

Premièrement, il faut savoir que les prix de l’électricité sont libéralisés depuis l’ouverture progressive des marchés de l’énergie amorcée en 2000 et accélérée par la récente loi Nouvelle Organisation des Marchés de l’Electricité (NOME) en 2010. La loi NOME instaure suite aux remontrances de l’Union Européenne l’obligation pour les tarifs de couvrir les coûts de production. Cela produira inéluctablement une augmentation de ces tarifs et les rendra moins attractifs pour les consommateurs. En même temps, cela présente l’avantage de lisser l’augmentation dans le temps.

Les données sont effectivement fournies par EDF mais je ne partage pas les rumeurs sur l’opacité des chiffres. La Commission de Régulation de l’Energie (CRE), autorité de contrôle en charge de la surveillance de l’indépendance des fournisseurs d’énergie et du bon fonctionnement des marchés ne laisserait pas passer ce genre de pratiques. A noter aussi que la CRE est désormais en charge de la protection des consommateurs.

Selon moi, l’augmentation des prix est cohérente : on demande à EDF la continuité et la sécurité de l’approvisionnement, la modernisation du réseau et son adaptation aux nouveaux modes de production, que ce soit les véhicules électriques ou les énergies renouvelables. Dans le même temps, le nombre de consommateurs augmente et la production n’augmente pas, surtout si l’on réduit la production d’énergie nucléaire comme s’y est engagé le Président de la République.

L’augmentation de 5% consécutifs en 2014 et 2015 arbitrée par le gouvernement est même inférieure aux recommandations de la CRE qui préconise une augmentation de 30% d’ici 2020 pour couvrir les coûts.

A noter quand même que le gouvernement a prévu comme compensation d’élargir les tarifs sociaux de l’énergie à 4 millions de ménages pour ne pas faire peser cette augmentation sur les ménages les plus modestes et de réduire le coût des abonnements pour les petites puissances.

Vous avez une vision très pragmatique qui semble aller à contre-courant de certains points de vue d’associations de consommateurs…

A vrai dire, quand cela fait plus de 13 ans que l’on travaille dans l’énergie, on commence à avoir une vision globale de ce secteur très complexe. Effectivement, je pense que ça ne sert pas le consommateur de lui faire croire que l’on peut rester sur des tarifs réglementés qui n’augmenteront pas. Premièrement, ça va à l’encontre de la loi NOME et des normes européennes en vigueur, et plus globalement, mon rôle est aussi de faire comprendre que l’on ne vit plus dans le monde des Trente Glorieuses, de l’énergie pas chère et du pillage des ressources. Aujourd’hui, on commence à se rendre compte que les ressources s’épuisent et qu’on va devoir payer notre laxisme d’hier. Si on ne s’y prend pas au plus tôt, on le paiera d’autant plus cher demain.

D’ailleurs, est-ce que vous avez l’impression que l’augmentation des prix de l’essence a permis de modifier les pratiques de consommation ? On peut s’interroger sur le seuil de prix de l’énergie qui permettrait une réelle prise de conscience des enjeux.

Enfin, il faut comprendre que le gouvernement ne veut pas gonfler artificiellement le prix de l’énergie ! L’idée, c’est de lui donner sa vraie valeur tout en protégeant les plus modestes, ce qui est l’aboutissement d’une certaine logique cohérente à mon sens.

Êtes-vous favorable à la généralisation du compteur communicant Linky ?

Linky présente des avancées non négligeables dans la modernisation du réseau électrique. Le comptage de la consommation en temps réel permettra une gestion beaucoup plus intelligente de la consommation d’énergie grâce à des tarifs adaptés à chaque client et à l’instauration de dispositifs d’effacement électrique incitatifs pour éviter les pics de consommation très énergivores en hiver et de réduire les consommations au niveau national.

Mais je ne suis favorable à la généralisation de Linky que s’il présente également des avantages pour le consommateur : outre l’avantage de factures sur consommation réelle, les consommateurs doivent recevoir une information mensuelle (au minimum) sur leurs consommations.  Le développement d’offres tarifaires doit aussi s’accompagner d’une qualification accrue des conseillers chez les fournisseurs,  pour garantir au client que l’offre qu’il va souscrire est effectivement à son bénéfice et va lui permettre d’optimiser sa consommation.

Nous avons demandé en outre qu’ErDF propose au consommateur de suivre sa consommation en temps réel et qu’il ait pour cela le choix entre plusieurs modes de surveillance gratuits, que ce soit par un affichage déporté, internet ou la réception d’un SMS. L’arbitrage  ministériel que nous attendions à l’issue du second comité de suivi « Linky » fait malheureusement défaut.

Enfin, je vais être très attentive à la mise en œuvre des mesures sur l’effacement électrique incluses dans la loi Brottes adoptée en avril dernier. En effet, Je suis très inquiète de l’une des modalités qui prévoit que les opérateurs d’effacement recevront des primes financées par une augmentation de la Contribution au Service Public de l’Electricité (CSPE). Cela signifie que le consommateur se verrait reprendre d’une main, via la CSPE, les bénéfices réalisés en faisant l’effort d’effacer ses consommations. Et de fait, cela pénaliserait l’ensemble des consommateurs. J’ai déjà écrit à l’ancienne Ministre et je compte bien participer à la concertation prévue pour septembre prochain pour éviter qu’encore une fois ce soit les consommateurs qui trinquent !

Propos recueillis par Valentin Martinez

Pour aller plus loin

Le schéma ci-dessous publié dans le Monde du 6 juin 2013 fait le récapitulatif de :

  • l’augmentation des coûts de production et de commercialisation de l’électricité entre 2007 et 2012
  • les répercussions sur les tarifs réglementés bleus (pour les ménages) préconisées par la CRE et prévues par le gouvernementtableau augmentatio ndes prix de l'énergie

En cause, les charges liées à la maintenance du parc de centrales, au changement de certains composants arrivant en fin de vie, les exigences complémentaires de sûreté intervenues après l’accident de Fukushima ainsi que les frais de personnel.

Le gouvernement a finalement arbitré deux augmentations consécutives de 5% en 2013 et 2014 et devrait reconduire la hausse en 2015 selon les dires du Président d’EDF Henri Proglio dans un entretien donné au Monde le 30 juillet 2013. La CRE préconise une augmentation plus forte : +9.6% en 2013, +3.2% en 2014 et 2015 et +7.6% au titre de 2012, soit plus de 20% sur 3 ans et 30% d’augmentation d’ici 2017 pour atteindre la couverture des coûts. Reste à savoir désormais si le choix du lissage dans le temps sera à la hauteur.

A noter que les entreprises seront mieux loties avec une augmentation de 2.3% des tarifs verts, que la France possède toujours l’électricité la moins chère d’Europe (environ 30% de moins que la moyenne européenne) et que le gouvernement a prévu quelques aménagements :

  • les tarifs pour les petites puissances augmenteront plus légèrement
  • les tarifs sociaux devraient être revalorisés et élargis à 8 millions de consommateurs dès l’hiver 2013 suite au rapport rendu le 17 juillet 2013 au Ministre de l’Ecologie Philippe Martin
  • la tarification progressive des prix du gaz et de l’électricité retoquée par le Conseil Constitutionnel en avril 2013 par la censure de la loi Brottes n’est pas encore enterrée

En revanche, les révisions à la hausse régulière des charges d’exploitation et de démantèlement du nouveau réacteur nucléaire EPR et les recommandations de la Cour des Comptes d’augmenter la CSPE pour financer la montée en puissance des énergies renouvelables devraient amplifier ces augmentations. Ce qui est sûr, c’est qu’on est pas au bout de nos surprises !

Tout comprendre sur les compteurs intelligents et leur future généralisation dans vos maisons

Le développement des réseaux intelligents français, dit « smart grids » chez nos voisins anglo-saxons, n’est plus qu’une question de temps. Gazpar et Linky, les deux compteurs intelligents conçus par les gestionnaires du réseau d’énergie GrDF et ErDF devraient arriver chez vous entre 2014 et 2022. Retour sur une révolution silencieuse qui va changer votre manière de consommer l’énergie.

production d'énergie

Le « smart metering », produire et consommer intelligemment

Qu’est-ce que le « smart grid » ou « smart metering » ? Derrière ces termes anglo-saxons un peu barbares se cache en fait une nouvelle façon de produire et consommer l’énergie, plus intelligente et plus fluide.

Plus intelligente car le gestionnaire du réseau de gaz ou d’électricité (GrDF et ErDF en France) et le consommateur connaîtront leur consommation en temps réel grâce à des compteurs intelligents dont chaque foyer sera bientôt doté. Plus fluide car ces informations permettront d’éviter les surcoûts liés aux pics de consommation grâce à une optimisation de la fourniture d’électricité via des tarifs modulables selon l’heure et l’amélioration des transferts sur le réseau.

L’un des avantages est qu’elle facilite par ailleurs l’intégration des énergies propres dans le réseau, argument politique de poids à l’heure de la transition énergétique.

La gouvernement ne s’y est pas trompé en annonçant le 9 juillet 2013 le déploiement des compteurs communicants dans le cadre du Plan d’Investissements d’Avenir pour les 10 années à venir. 3 millions de compteurs devraient être installés d’ici 2016, début d’une généralisation imposée par le Paquet Climat 2020 votée en 2007 par le Conseil de l’Union Européenne qui impose au pays membres de remplacer 80% des compteurs actuels par des compteurs communicants.

Qui va payer la généralisation de Linky ?

Cela fait déjà 4 ans que ErDF, filiale du groupe EDF, s’est penché sur la question en créant le compteur Linky. Le nouveau-né a ensuite fait l’objet d’expérimentation à Lyon et en Indre-et-Loire entre 2009 et 2011. Selon les estimations de l’ADEME et de différentes études américaines, les réseaux intelligents permettraient à terme d’économiser 5 à 15% de la consommation d’énergie à la condition qu’il existe :

  • Un outil de comptage en temps réel à destination du gestionnaire de réseau
  • Un outil de pilotage qui rend le ménage autonome et acteur de sa consommation grâce à des conseils pédagogiques, le reçu de sa facture par SMS ou l’installation d’un écran communiquant les informations sur ses usages énergétiques.

système Linky Erdf compteur intelligent

C’est sans surprise que l’ADEME et les associations de consommateurs déplorent un résultat mitigé pour le boîtier vert français. Elles admettent un bénéfice en terme de comptage intelligent et de production électrique décarbonée mais les économies sur la facture énergétique des ménages sont faibles voire inexistantes :

  • Le ménage n’est pas assez accompagné dans la démarche et le seul affichage de la consommation en temps réel sur le compteur n’a pas d’effet incitatif probant, d’autant plus que la moitié des compteurs sont situés à l’extérieur du bâtiment, n’encourageant pas un suivi régulier.
  • L’accompagnement d’ErDF et le suivi de la consommation sur Internet est payant, à la hauteur de 4.50 € par mois environ. Selon les estimations du quotidien Le Parisien, le coût pour le consommateur pourraient s’élever à plus de 16 € par an.
  • Le coût de l’installation, soi-disant nul pour l’usager, se répercutera sur le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE) payé par … ce même usager !

Cela n’a pas empêché l’ancien gouvernement d’annoncer dès 2011 la future généralisation de Linky pour 35 millions de foyers d’ici 2022, engagement confirmé par Delphine Batho le 15 novembre 2012 lors d’une visite ministérielle. Le nouveau ministre de l’Ecologie et du Développement Durable Philippe Martin est actuellement en négociation avec EDF pour savoir qui va supporter le coût de Linky, réévalué dernièrement à 7 milliards d’euros. Le déploiement devrait démarrer début 2014 si le gouvernement et EDF trouvent un accord.

Le compteur de GrDF, Gazpar, fait son chemin

comtpeur gazpar de GrDFLe gestionnaire du réseau du gaz français GrDF s’est aussi mis à la page et a déjà lancé un appel d’offre pour la fabrication de son propre compteur intelligent Gazpar. Cet appel fait suite aux délibérations de la Commission de la Régulation de l’Energie du 5 juillet 2013 qui encouragent le gouvernement à approuver la généralisation du boîtier de couleur orange soleil.

Selon Isabelle Dronchon, pilote opérationnelle du projet à GrDF, si les ministres de l’Energie et de la Consommation donnent leur feu vert avant l’été 2014, la généralisation devrait avoir lieu d’ici début 2015.

La CRE estime que la mise en route de ces compteurs engendrera deux types d’économies : une baisse de la dépense énergétique en gaz de 1,5% et la réduction des relèves de compteurs par les agents de GrDF. Cependant, le gendarme de l’énergie note aussi que ces gains potentiels ne compenseront pas le coût du renouvellement des compteurs. Le tarif du gaz devrait ainsi augmenter de deux euros en moyenne par an et par ménage d’ici la fin du projet en 2022. Le suivi des consommations se fera sur Internet, ce qui limite comme pour Linky, l’implication encore une fois du consommateur.

La troisième révolution industrielle en marche saccadée

la troisième révolution industrielleLe « smart metering » semble bel et bien en train d’arriver dans nos foyers et augure une nouvelle ère de la consommation énergétique. Comme le prédit Jeremy Rifkin qui a fondé le concept de « troisième révolution industrielle », « le bâtiment connaîtra la même révolution qu’a connu Internet ». Les usagers vont devenir de vrais coproducteurs de l’énergie qui circulera de maisons en maisons, de quartiers en quartiers.

Les innovations n’ont pas tardé à émerger sur le marché, dont certaines sont emblématiques :

  • Les bâtiments à énergie positive dit « BEPOS » : ces logements produisent de l’énergie renouvelable grâce à l’installation de panneaux solaires photovoltaïques ou d’une éolienne qui est rachetée par EDF pour alimenter le réseau. La RT2020 devrait généraliser ce type de bâtiment pour la construction neuve.
  • Les capteurs solaires : disposés discrètement sur votre baie vitrée, ils déclencheront automatiquement la fermeture des volets extérieurs si l’ensoleillement atteint un certain seuil
  • Les compteurs communicants d’eau : Véolia et Orange ont lancé leur propre gamme pour l’instant à destination des collectivités locales

Bref, la révolution silencieuse est en marche.

Reste à savoir désormais à quelle vitesse ce changement va s’opérer dans les mentalités et pratiques quotidiennes des usagers. L’expérimentation de Linky a montré que seulement 5 à 10% des usagers ont régulièrement suivi leur consommation sur Internet et EDF vient d’annoncer une augmentation de 35 euros par an de la facture d’électricité pour 2014. Les ménages modestes auront sûrement du mal à avaler la pilule si Linky vient peser sur leur portefeuille en cette période de disette économique.

Les voix s’élèvent également sur l’utilisation des données récoltées par les fournisseurs d’énergie qui connaîtront un panel important de la vie privée des usagers.

Enfin, réformer radicalement le modèle français du nucléaire très centralisé n’est pas une tâche aisée ! La décentralisation du réseau énergétique et la montée en force des énergies renouvelables devront se confronter au poids d’une histoire industrielle française bien singulière.

smart metering troisième révolution industrielle

Si vous souhaitez en savoir plus sur les solutions disponibles pour suivre vos consommations d’énergie en temps réel chez vous, n’hésitez pas à prendre contact avec nous !

Les smartgrids en plein démarrage : c’est parti pour le Linky!

En juillet dernier, la commission de régulation de l’énergie à donné son feu vert pour la généralisation du compteur intelligent d’ERDF: le Linky.

Le compteur linky, un outil de maîtrise de la consommation d’électricité

Le Linky est un compteur intelligent, qui à la différence des compteurs traditionnels, permet d’exécuter de nombreuses de tâches à distance.

En 2010, ERDF (filiale d’EDF), a installé près de 250 000 Linky au sein de foyers français. Suite à cette expérimentation, la commission de régulation de l’énergie (CRE) a donné un avis favorable à la généralisation du Linky. Celle-ci estime que ces boîtiers intelligents bénéficierait aux consommateurs, en les facturant sur leurs dépenses réelles et non sur des estimations et en encourageant le développement d’offres tarifaires répondant aux besoins de chacun.

Éric Besson a annoncé le 29 septembre dernier l’installation généralisée du Linky entre 2014 et 2020. Les consommateurs peuvent ainsi se préparer à recevoir d’ici peu leur compteur intelligent dont les principaux avantages sont l’accélération des différentes interventions et les relevés de consommation à distance donc une facturation sur les dépenses réelles et non sur des estimations. « Ce nouveau compteur va faciliter la vie des Français et leur permettre d’être acteurs de leur consommation », a affirmé Éric Besson.

Le Linky fait polémique

Malgré de nombreux avantages, le Linky reste la cible de nombreuses critiques.

La commission nationale de l’informatique et de la liberté (CNIL), reproche au Linky d’être trop intrusif. En effet, les données qu’il collecte permettent de connaitre beaucoup d’éléments sur la vie privée des ménages (heures de réveil, heures d’utilisation des appareils électroménagers, heures d’absence de la maison, etc.). L’union fédérale des consommateur (UFC Que choisir), dénonce quant à elle l’impact des radiations émises par le réseau du Linky.

Malgré les nombreuses polémiques, suite à l’avis favorable de la CRE et du gouvernement, le Linky a de grande chance d’être installé dans toutes les constructions neuves dès 2013.